La belle histoire de Camille

Lorsque j’ai rencontré Camille, dès la première minute j’ai été bluffé par son passing qui m’a semblé impeccable, comment réussir à la rendre encore plus belle qu’elle ne l’était déjà? c’est une bon exemple pour rappeler que l’on est jamais assez objective avec nous-même…son expérience ainsi que le temps lui ont permis d’atteindre un résultat exceptionnel. J’ai beaucoup apprécié son histoire et je suis ravie qu’elle l’a partage avec vous toutes .

-Peux-tu te présenter ? âge, sexe, situation familiale, profession, ville. 

Je m’appelle Camille (c’est mon prénom féminin), j’ai 40 ans, je suis mariée et j’ai un enfant. Je travaille et vit actuellement dans le sud de la France.  

– Depuis combien de temps as-tu envie de te sentir plus femme ? 

Remonter dans le passé n’est jamais une chose facile car j’ai plutôt tendance à regarder devant. Je crois que ce côté féminin a toujours fait parti de moi et de mon évolution. L’un de mes premiers souvenirs concernant cette féminité remonte à l’enfance, avant 10 ans. A cette époque, ma sœur plus grande s’amusait à m’habiller en fille avec ses habits. Je me souviens avoir fortement apprécié et j’imagine que ces moments de proximité passés avec elle m’ont donné envie de revivre ces expériences et sensations. 

Je n’ai pas de souvenir – que ce soit pendant mon enfance ou mon adolescence , d’avoir douté de ma masculinité. Je me sentais épanoui dans ma vie de garçon et mon développement mais je sentais aussi que ce côté féminin faisait partie de moi. Me sentant le devoir d’apparaitre comme un garçon fort, je crois avoir intégré à cette époque mes fragilités et mes sensibilités dans ce côté féminin que j’exprimais en enfilant les habits de ma sœur, de ma mère, et ensuite de ma petite amie de l’époque.  

Comme beaucoup de travesti, j’ai vécu des phases d’achat de vêtements que je m’attachais à cacher le mieux possible, puis les phases de « purge » ou tous ces vêtements partaient dans des bennes avec l’idée que je n’allais plus en avoir besoin.  Il y a eu des phases de plusieurs mois, voir années ou mon travestissement était quasiment absent, et puis d’autres phases où j’en avais régulièrement besoin. Il y avait souvent des pulsions qui me poussaient à me travestir avec la peur de ne plus jamais en avoir l’occasion…  Bien sûr, à cette époque, il s’agissait d’un secret absolu que personne ne devait connaitre. Je ne me sentais pas « anormal », je sentais que j’en avais besoin et que ce serait forcément mal compris par quelqu’un d’extérieur, et qui n’aurait pas pu expérimenter le même cheminement que moi. 

Après avoir lu de nombreux articles, sites spécialisés, j’ai constaté, comme je l’imaginais que nous étions de nombreux hommes dans cette situation. Au fil des ans, et surtout grâce à ma femme, j’ai pu m’apaiser face à ce besoin.  En effet, il m’apparaissait impossible de partager la vie de quelqu’un sans qu’elle connaisse les choses les plus importantes de ma vie, et le travestissement en faisait partie.  

Je lui ai donc livré mon secret… après 2 ans de relation. Me sentant incapable d’en parler (le secret était bien trop enfoui) j’avais pris le temps de lui écrire une longue lettre. La lettre me permettait d’être le plus clair possible sur mon histoire, mes motivations, l’impact de tout cela sur ma vie, et surtout d’éviter d’être débordé par l’émotion. Par chance elle s’est montrée compréhensive. Je n’ai pas voulu lui imposer des choses qu’elle ne voulait pas voir ou discuter. Nous avons donc avancé doucement et avec pudeur. Nous nous sommes ensuite mariés et avons au fil du temps intégré ce côté de ma personnalité à notre vie de couple.  Il était important pour elle de comprendre que je n’avais pas prévu de transition et que sous ces habits et ces perruques, c’était toujours bien moi. Par exemple, il a été important pour elle que je conserve la même voix en homme qu’en femme… Aujourd’hui, j’ai la chance de pouvoir librement me transformer en Camille quand j’en ressens l’envie et mes vêtements ont leur place dans le placard.  Ceci reste cependant un secret pour notre fils et je souhaite que ça reste comme ça. Je crois que ça facilitera son évolution.  

– Est-ce une envie ponctuelle, permanente ?  

C’est une envie régulière. Elle fait partie de ma vie et occupe souvent une partie de mes pensées. J’ai évolué personnellement et professionnellement avec (et parfois à cause) de cette envie.  

Aujourd’hui elle me semble harmonieusement intégrée à ma vie. Quand j’en ai envie, et bien sûr que le contexte s’y prête, je me transforme. Depuis quelques années j’ai la chance de pouvoir me travestir 3 à 4 fois par mois ce qui est un rythme que me convient. Cela m’a permis d’améliorer ma transformation et laisse beaucoup de place à mon côté homme, ce que je suis principalement, sans trop brider Camille. J’ai en effet toujours tenu à ce que cette part cachée en moi ne soit pas un obstacle au développement et à l’épanouissement de mon moi masculin.  

– Pourquoi cette envie, qu’est ce que cela te procure ? 

J’ai lu par le passé qu’ « il y a autant de travestis que de raisons de se travestir » et je suis convaincue de la véracité de cette phrase.  De mon côté, le travestissement a répondu à des besoins ponctuels et à des besoins plus profonds.  En cherchant une définition proche de ce que je ressens, je me définirai plutôt comme « gender fluid » .J’adore l’étape de la transformation, c’est un rituel qui me rend serein et me sort des sources de tensions liées à la vie de tous les jours. C’est une parenthèse. Ce que je recherche c’est surtout dans ma transformation d’obtenir le meilleur passing possible. C’est-à-dire apparaitre comme une femme crédible.  J’ai la chance d’avoir des mensurations qui passent aussi bien en garçon (même si un peu petit), qu’en femme.  Après avoir eu des débuts assez standards au niveau maquillage (un peu trop appuyé ou outrancier) et vestimentaire je crois avoir réussi à atteindre quelque chose de beaucoup plus naturel. Féminin, sans en faire trop :0) .Enfin, le fait de me travestir m’apporte un sentiment de liberté : J’en ai envie, je le fais, c’est tout… et peu importe ce que les gens en penseraient s’ils savaient. 

– Quand as-tu décidé de passer à l’acte, soit de te travestir pour la première fois ? Pour quelle occasion ? Qu’as-tu ressenti ? 

Comme je l’ai dit plus haut, cela remonte à ma petite enfance. J’ai souvenir d’une grande excitation et du plaisir de pouvoir partager quelque chose avec l’univers des filles.  Un peu plus grande j’étais bluffée par la vision de mon corps dans le miroir parée de vêtements qui ne m’étaient pas destinés. 

– As-tu des craintes vis-à-vis de la société, ta famille etc… des appréhensions, une gêne quelconque ? 

Parlant de la société, je crois que le sujet du travestissement est un sujet tellement complexe, tellement personnel, qu’on ne peut pas imaginer une compréhension absolue. Le féminin est tellement l’objet de fantasmes de toute sorte (sexuels et non sexuels) qu’un homme qui ressemble, ou cherche à ressembler, à une femme est forcément questionnant, et pour certains dérangeant. Bien sûr, plus les gens nous sont proches plus ce sujet peut être sensible.  

Je crois qu’il est important d’essayer de comprendre ce que pourrait ressentir l’autre pour ne pas en faire quelque chose de dérangeant ou « d’aggressif » pour ceux qui auraient du mal à appréhender notre univers. 

J’aimerais forcément que ce sujet soit mieux compris et mieux accepté par la société. Je vois quand même avec plaisir que le transsexualisme, le travestisme et transgendrisme sont des sujets qui sont souvent abordés dans la presse, à la télévision ou sur internet. D’ailleurs, au moment où j’écris ces lignes, ils passent un reportage intitulé « je suis Sofia » à la TV. Je crois que nous sommes sur le bon chemin…  Cela évitera surement à beaucoup d’homme de vivre cela trop longtemps en cachette. Surtout que j’ai l’impression que le fait d’enfouir ce secret trop longtemps produit chez beaucoup un effet « cocotte-minute » : Un jour le secret n’est plus tenable et tout explose, tout se mélange avec des dommages sur les proches, le sentiment d’urgence de ces hommes à pouvoir enfin s’exprimer et à vivre enfin leur transformation… Parmi les histoires que j’ai pu lire, certains vont malheureusement bien plus loin que ce qui aurait été nécessaire à leur équilibre s’ils avaient pu en parler ou le vivre librement avant… 

– Quelles sont les prochaines étapes dans ta féminisation (s’il y en a à venir), ou des envies que tu n’as pas encore testé mais qui te plairaient ?

Je me sens aujourd’hui très épanouie dans ma masculinité et ma féminité. Lorsque mon travestissement était un secret que j’étais la seule à connaitre, j’avais l’impression d’étouffer. Au fil des ans, et parce que j’ai pu le partager avec ma femme, et aussi sur internet (je citerai à ce titre l’excellent site xxy.fr même s’il n’y a malheureusement plus de forum de discussion) j’ai pu me séréniser.  Ne plus être soumis ce sentiment d’urgence m’a permis de vivre plus sereinement ma vie. 

J’ai longtemps été ce qu’on appelle un « travesti de salon », cachée chez moi de tout regard extérieur. L’envie de sortir est venue plus tard. J’ai pu faire quelques sorties de nuit (la nuit tous les chats sont gris :0)), notamment une sortie avec ma femme à l’occasion de mon anniversaire l’année dernière. J’ai bien compris à cette occasion que ma femme ne m’interdisait pas de sortir mais ne voudrait pas recommencer cette expérience car préférant apparaitre en public à mes côtés en homme. Je respecte bien sûr son choix, je lui en ai déjà demandé beaucoup… 

– Pourquoi avoir fait appel à moi, et qu’est-ce que je t’ai apporté dans cette étape de ta vie, si je t’ai apporté qqch 🙂 ? 

Cela fait maintenant de nombreuses années que je m’exerce au maquillage et que je m’attache à travailler un maquillage et un look qui me permette de passer pour une femme, comme une autre.  Au fil des ans, mon maquillage et mon look sont passés d’un peu trop appuyé, à quelque chose de beaucoup plus naturel.  

J’ai rencontré Jennifer pour savoir où en était mon passing. J’avais l’impression d’avoir atteint ce que je pouvais faire de mieux et je voulais l’avis d’une femme extérieure pour savoir si je pouvais être suffisamment crédible. Je voulais aussi que Jennifer m’apporte de nouvelles techniques ou conseils dans ce sens.  Je suis donc venue chez Jennifer habillée et maquillée avec l’idée qu’elle allait tout de suite corriger des choses… 

Le shooting photo a été un moment formidable. C’était la 1ère fois pour moi devant un objectif. Jennifer a su me mettre à l’aise, prendre le temps de proposer des tenues et des poses variées, et je suis très contente du résultat. Ses photos sont très belles et très pro. 

A priori je n’ai plus grand-chose à améliorer car Jennifer m’a plutôt indiqué que mon travail était bien fait et au lieu de me donner un cours de maquillage, comme prévu initialement, elle m’a fait un maquillage et nous sommes passés au shooting photo puis à une séance shopping en extérieur.  Lorsque je suis allée voir Jennifer je voulais pouvoir prendre le temps et avoir l’occasion de sortir de nouveau en extérieur.  

J’ai apprécié sa gentillesse et son écoute, et j’ai été ravie du temps passé avec elle. Sortir en plein jour était une étape importante pour moi et elle a su m’accompagner et me rassurer. J’ai en effet pu constater qu’aucun regard ne paraissait mettre en cause la femme que je semblais être. C’est vrai aussi que le port du masque est une belle occasion pour nous de sortir en plein jour :0) 

Au fil de la journée, je me suis donc sentie de plus en plus détendue face à l’idée d’être féminine en extérieur. Avec ses encouragements je suis donc repartie, avec beaucoup de plaisir, jusqu’à mon hôtel en femme. Tout s’est très bien passé… sauf lorsque je me suis rendu compte que j’avais perdu la clé de ma chambre et qu’il m’a fallu m’adresser à la personne de l’accueil pour en obtenir une nouvelle :0(. J’ai fait en sorte de percher ma voix assez haut pour ne pas être suspectée, mais bien entendu j’ai été dans l’obligation de montrer mes papiers d’identité. Le monsieur a été très correct, n’a rien dit et m’a donné ma clé. Ouf !  

Me sentant très à l’aise, j’en ai profité pour retourner faire un tour dans Paris. Même effet, personne ne m’a dévisagée ou fait ressentir un quelconque malaise. Ce fut une belle journée, très agréable à vivre… Reste que j’ai encore un peu de travail pour que ma voix féminine soit vraiment crédible :0)

3 commentaires sur « La belle histoire de Camille »

  • Belle histoire et témoignage qui est ce que nous vivons toutes, le fait d’intégrer et d’accepter cette féminité qui est dans chacun de nous est une chance et
    Un niveau de conscience et d’intelligence élevé.

  • Formidable ton chemin
    Je suis. Comme toi je ne peux pas vivre avec le mensonge
    Jen m’a convaincue d écrire mais j ai tellement peur d une réponse négative
    Que pour l instant je n ai pas eue le courage et je suis à la limite de (purger comme tu dis)
    Pourtant loin d être superbe j ai déjà fait 2 sorties avec Jennifer et c était un grand bonheur
    Je t envie
    Lena

  • Bonjour,
    Je suis touchée par cette histoire qui reflète très bien la souffrance que nous éprouvons à vivre secrètement en tant que « travesti de salon », cachée chez moi (pour reprendre l’expression utilisée dans ce bel article) jusqu’au jour où nous pouvons affirmer haut et fort notre travestissement!
    Quelle chance de pouvoir partager cela avec sa compagne devenue sa Femme et de pouvoir ranger ses affaires dans le placard sans crainte… je l’envie!
    Bonne continuation dans son évolution, bises
    Priscilla

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