Blanche, un témoignage à coeur ouvert

Et voici le portrait de Blanche que j’ai eu l’honneur de féminiser pour sa toute première fois, elle est arrivée très chargée avec un tas de vêtements, mais surtout avec une robe de mariée, qu’elle a su porter à merveille, j’ai passé un moment divin, sa sensibilité m’a profondément touché.

Blanche, qui es-tu?

Blanche est au fond de moi depuis quelques années. De mémoire, j’avais demandé à ma mère de m’acheter des bagues sans le dire à mon père, quand j’avais 5 ou 6  ans, ce qu’elle n’a jamais fait…J’avais les cheveux longs blond avec des yeux bleu-vert selon les saisons, et j’entendais souvent « comment elle s’appelle cette petite fille ? » jusqu’à ce que dans la cour d’école cela devienne conflictuel avec les copains… Direction coiffeur et cheveux courts.

Depuis combien de temps as-tu envie de te sentir plus femme?

J’ai toujours admiré la féminité de ma mère, et surtout de ma marraine danseuse de clubs très belle dans les années 80. Je les regardais entrer dans la salle de bain se préparer et j’attendais avec impatience leur sortie avec leurs visages magnifiés, leurs tenues soulignant leur formes. Quel pouvoir cette capacité de transformation et de séduction!

Admirer la féminité, c’est ce qui me revient le plus quand je repense à ces 45 années. J’ai eu beaucoup plus d’amies femmes que d’hommes in fine, j’ai été amoureux de certaines  quand j’étais ado et elles m’ont toutes éconduit gentiment en me disant « je t’aime trop pour sortir avec toi je veux qu’on reste copains car j’aime bien parler avec toi » C’était sûrement une partie de Blanche qui parlait avec elle.
Je suis encore ami avec la majeure partie après toutes ces années et nous nous voyons régulièrement. C’est avec l’une d’entre elle à la fac que Blanche a surgit un soir dans notre chambre d’étudiants sur un pari, c’est un bon souvenir.
Puis une autre fois en dernière année avec une autre, encore un bon souvenir.

C’est à cette période en fin d’études que la pression sociale est arrivée et que j’ai enfouis Blanche. J’ai rencontré celle qui deviendra mon épouse et nous donnera 3 enfants, j’ai trouvé mon premier job et la vie de famille a commencé.
Etre chef de famille est une lourde charge, il faut nourrir, montrer l’exemple, éduquer, être un pilier sans faiblesse, gravir les échelons pro et prendre l’ascenseur social, on se doit de ne pas faire d’erreur et de supporter la pression. On nous apprend qu’il faut rentrer dans un cadre social établit et on doit y rester, » les autres sont des marginaux et anticonformistes, il n’arriveront à rien » me disaient mes parents.

As-tu des craintes vis à vis de la société ?

Les voyages pro ont permis à Blanche de réapparaître de temps en temps dans une chambre d’hôtel, c’était un moyen de décompresser , de lâcher prise, de se couper de la réalité, d’être un ou plutôt une autre.
Puis un jour une amie récente organise une soirée halloween elle me demande de venir en femme (cap ou pas cap nous étions que 2 hommes): Blanche au grand jour chouette!
Blanche a répété plusieurs fois son maquillage et sa coiffure dans les chambres d’hôtel: elle était prête pour le grand jour mais en sortant de la salle de bain aprés avoir pris soin de se magnifier telle sa marraine les réactions furent… « ooooohh c’est trop bien fait! t’es canon » puis rapidement » c’est pas toi /tu fais ton coming out ou quoi / je suis trop choquée / enlève tout ca/ je ne peu pas te regarder, pense aux enfants etc etc » bref Blanche n’est apparue que 20 minutes. Je suis allé me changer, la soirée n’a pas été géniale j’avais cassé l’ambiance à priori, je me sentais trahi et déprimé. La tolérance LGBT de ces amies semble n’être que pour les autres.

Blanche s’est évanouie quelques années aprés cette soirée de la honte car elle avait peur du regard de ses propres amis proches et de sa femme.
Plus tard, vint par un hasard médical l’obligation de s’épiler une demie jambe……..en plein été ! j’indique à mon épouse que ce n’est pas trés esthétique et elle en convient malgré des réticences 🙂 me voici jambes imberbes et je pousse l’épilation jusqu’au torse et les aisselles: une première. Quelles sensations !
Retour dans mon appartement de fonction, retours de Blanche plus fréquents épilée, elle teste les collants, les bas, quelques bijoux et vêtements de récupération, un peu de couleur sur le visage quelques fois mais toujours avec ce sentiment de honte.

Quand as-tu décidé de passer à l’acte ?

Et puis arrive un déplacement sur l’est Parisien, Blanche surgit un soir et se renseigne sur internet pour prendre rdv avec une maquilleuse professionnelle acceptant les travestis pour essayer et franchir un cap. Elle a lu et relu une dizaine de fois les pages de transbeauté, incroyable! Un asile de paix pour travesti et transgenre existe vraiment!.

Tendu et angoissé j’appelle Jennifer après un email. Me voilà partiellement rassuré après ce petit entretien de quelques minutes et des échanges sms. Elle semble me comprendre. Rendez vous est pris.
J’arrive à l’heure du rendez vous, je bafouille, j’angoisse, Jennifer m’aide à monter les valises de vêtements, elle trie les valises puis retient quelques tenues tout en me mettant à l’aise.
Je me change avec la première tenue qu’elle me propose et elle procède à ma transformation en toute en bienveillance. Timide et impressionné par sa magie je parle peu, je me sens en confiance, je suis rempli de joie.

Blanche s’expose, j’observe son reflet dans le miroir, c’est incroyable. Il faut poser maintenant devant l’appareil photo de Jennifer, Blanche ne l’a jamais fait… Jennifer prend-t- elle du plaisir également à  photographier Blanche? Les tenues s’enchaînent, je commence à me détendre, les éclats de rire nerveux au début deviennent naturels et plus fréquents. Blanche hésite mais ose. Souvent des sentiments de gêne et de honte me reviennent et me noient mais Jennifer vient au secours de Blanche, elle la rassure, l’accompagne, elle lui propose sans la contraindre.

En fin de séance Blanche passe la robe de mariée acquise sur un coup de tête qu’elle n’a jamais réussi a ajuster seule. Jennifer l’aide, c’est la première fois pour elle aussi dans son studio. Porter une robe de mariée; c’est le summum de la féminité, Essayons!
Le laçage contraint progressivement mon corps pour faire ressortir la féminité qui est en moi, je m’abandonne. Il n’y a plus que Blanche dans le studio avec Jennifer à ce moment.

Blanche toujours hésitante marche, tourne, les escarpins commencent à lui faire mal aux pieds depuis ces 2h30, elle s’assoie sur la table les jambes croisées, elle ferme les yeux tête en arrière pour se reposer une minute ou deux. Je suis Blanche, hors du temps, hors de ma réalité, sans pression, lacé dans cette robe, dépendant, fragile et en même temps, en confiance: je profite du moment, je suis bien.

Il est temps de dire au revoir à Blanche. Nous discutons avec Jennifer avec qui j’ai passé un excellent moment, j’ai du mal a exprimer mes sensations et ma joie, je la remercie longuement. Elle m’a permis de faire sauter quelques verrous psychologiques et sur ses conseils, je parlerai les jours suivants pour la première fois de Blanche à un de mes amis gay. Comme me l’avait prédit Jennifer, si il a été surpris, il m’a bien accueilli et rassuré. Encore un pas de plus

Quelles sont les prochaines étapes dans ta féminisation?

Pour l’instant je n’irais pas plus loin dans la féminisation, je ne ressens pas d’attirance particulière pour les hommes ( il ne faut jamais dire jamais me direz vous). Mais ce qui est certain après ce moment avec Jennifer qui m’a accompagné quelques heures maintenant oui, j’aime être Blanche et j’accepte qu’elle fasse partie de moi.

Mais la société reste fermée au travestissement, il peut être dangereux de le vivre au grand jour et de risquer son travail, la vie de famille que l’on a construit et de blesser les personnes qu’on aime car peu de personnes sont prêtes à comprendre même si elles s’affichent ouvertes à tous les styles de vie.

Je pense que dans un avenir proche j’essaierai de faire une sortie accompagné en club transgenre/travesti pour découvrir, de passer un plus long moment en Blanche et peut être de rencontrer d’autre travesti pour partager ces moments. Pourquoi ne pas participer à un séjour de 2-3 jours organisé dans un lieu discret avec ateliers maquillage, garde robe, shooting photo, petit forum de discutions? Un séminaire travesti en somme. Cela peut être une idée, je ne sais pas si cela existe.

Que t’ai-je apporté dans cette étape de ta vie?

Ma rencontre avec Jennifer restera gravée à jamais dans ma mémoire, il y a des belles rencontres dans une vie avec des personnes ouvertes d’esprits et bienveillantes qu’on oublie jamais et Jennifer fait partie de la mienne dorénavant. Merci Jennifer.

2 commentaires sur « Blanche, un témoignage à coeur ouvert »

  • Bonjour Blanche, merveilleux témoignage ! Je ne connais pas votre contexte professionnel. Mais même en cas de transformation permanente, dans les grandes entreprises notamment publiques, normalement ça doit passer. Pour moi la société a réagi mieux que je ne le pensais, la plupart des femmes adorent que l’on fasse cela (c’est différent avec une épouse, risque de séparation en effet, mais si ça tourne bien ça peut être très beau). Il n’y a pas besoin d’aimer les hommes pour être une femme, mais c’est vrai que la pression de drague des hommes est énorme. Si l’on ne veut vraiment rien faire avec eux, on est sans cesse en train de dire non, mais là aussi il y a des tabous qui peuvent tomber (par contre c’est un autre monde qui requiert beaucoup de prudence, on fait inévitablement des erreurs au départ).

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