Yohann, un changement de genre MtF en cours pour laisser place à Johanna.

J’ai fait la connaissance d’un couple qui m’a clairement donné une belle leçon de vie. Yohann, en changement de genre MtF, venu apprendre à se maquiller accompagné de sa compagne Paloma. Une ouverture d’esprit incroyable, un amour grandiose, Paloma soutient son compagnon dans cette démarche et ils entendent bien vivre cette étape dans la vie de Yohann main dans la main. Voici son récit.

Peux-tu te présenter ?

J’ai 29 ans, je suis né de sexe masculin, je suis en couple et père d’une petite fille, propriétaire de 2 chiens avec ma compagne et d’un superbe loft. Je suis dirigeant d’une marque que j’ai créé dans le sport et nous habitons près d’Orléans dans le Loiret (45).

Depuis combien de temps as-tu envie de te sentir plus femme ?

Je pense que ça a toujours été en moi, cependant je pense plutôt avoir du masquer ce que je ressentais pour paraître « homme ». Durant l’adolescence, je voyais déjà que quelques choses n’étaient pas « communes », du moins je ne réagissais pas comme tous les autres garçons. Par exemple ma posture, la façon de me comporter, mes émotions… Ensuite j’ai beaucoup consacré de temps à ma carrière sportive qui m’a un peu anesthésié de toutes pensées pendant un temps. Mais je voyais que je n’avais pas la morphologie des hommes : j’avais le dos creusé comme une femme enceinte, de la graisse au niveau des fesses… Ça peut paraître stupide mais quand j’en ai parlé à mes ami(e)s proches qui m’ont connu sportif, certains m’ont refait penser qu’à l’époque, ils me charriaient disant que j’avais des fesses de nanas. Ou encore, ma meilleure amie me dit souvent « c’est fou de réagir comme une femme tel que tu le fais ». A la suite de ma carrière, ça a commencé à resurgir sans réellement que je comprenne. L’indépendance financière m’a permis d’explorer cela petit a petit, il y a 3/4 ans environ.

Est-ce une envie ponctuelle, permanente ? Qu’est-ce que cela te procure ?

Je pense que cette envie a toujours été permanente. Je me souviens de moi petit, attiré par tout ce qui rapportait au changement de sexe avec une forte envie intérieure d’en changer. Ensuite, c’est devenu ponctuel puis semi permanent. Et aujourd’hui, je vois bien que j’y pense tout le temps, je compte donc entreprendre une opération.

La féminité, c’est un peu la pièce manquante, celle qui fait ressortir la couleur, la joie, la créativité et bien plus en moi. J’apprends à m’aimer. Lorsque je suis femme, ça me rempli réellement de joie, ça me donne une énergie folle. Avec ma compagne, nous sommes partis 1 semaine en Islande courant octobre. J’étais entièrement habillée en femme sans avoir à me soucier du préjugés des gens qui peuvent parfois dévisager ou mégenrer. Au restaurant, on se faisait appeler « ladies ». J’ai clairement senti que j’aimais ça, le maquillage, m’habiller, me promener, croiser les jambes… Autant de gestes qui m’étaient auparavant défendus car jugés trop féminin. Bref, il faut vivre avec le bon genre et être en phase avec sa personnalité.

Quand as-tu décidé de te travestir pour la première fois ?

Bien que je n’aime pas le mot travestir car personnellement, ça n’a jamais été dans un jeu de folklore ou de divertissement, j’ai commencé à me féminiser entièrement (maquillage, tenue, chaussure, perruque) en septembre 2019. Partiellement (tenue et chaussure uniquement) depuis 2016. C’est vraiment mon voyage d’une semaine en Islande qui a été pour moi une révélation.

As-tu des craintes vis-à-vis de la société ?

Ma famille et mes proches sont au courant et l’ont tous bien accepté, je n’ai pas eu un mot de découragement ou autre. J’ai cependant jugé bon de le faire quand j’étais prêt. Les étapes en Islande et de chirurgie m’ont aidé à envisager un avenir sous une apparence féminine. J’ai donc pu amener le sujet en ayant les mots justes et n’avoir aucune négation de leur part.
Ma crainte la plus profonde vient de notre société française qui a environ 20 ans de retard sur les pays les plus ouverts. Par exemple nous avons vu une émission où un couple était aidé dans leur commerce en Angleterre. Il s’avère que le mari était travesti. La présentatrice a abordé le sujet avec beaucoup de bienveillance et de sincérité. Malheureusement, je reste convaincu qu’en France, le même reportage aurait occulté ce fait ou alors l’aurait tourné en ridicule.


Pourtant, je pense que quiconque a le droit de faire ce qu’il veut de sa vie tant qu’il n’entrave pas celle des autres. Personne ne devrait avoir à juger ou encore dire ce qu’il est bien de faire ou de ne pas faire. Si votre famille n’accepte pas, posez vous la question du pourquoi elle n’accepte pas ? Bien souvent, c’est purement par égoïsme.
J’ai la chance d’avoir pu en parler à ma compagne assez rapidement pour que cela fasse partie de notre couple et non d’un secret qui m’aurait pesé. Je ne pense pas qu’il soit bon de garder un tel secret pour soi. Un jour, une amie m’a dit, choisir c’est renoncer. Je comprends que les gens fassent leur vie en fonction des autres, cependant entre vivre SA vie ou vivre une vie en faisant le choix de ne froisser personne n’est jamais bon. Et selon moi c’est décaler le problème car tot ou tard les choses se savent.

Quelles sont les prochaines étapes dans ta féminisation ?

J’ai commencé courant novembre dès notre retour d’Islande par une rhinoplastie et septoplastie (partie ORL pour remettre la cloison droite). Puis un remodelage des pommettes avec ma propre graisse car j’avais une cicatrice d’acné qui faisait un trou. Je suis en ce moment en train de réaliser plusieurs peeling dans le but de lisser ma peau. J’ai commencé l’épilation définitive de la barbe et du torse. Je vais avoir un essai d’acide hyaluronique pour le comblement des tempes, bosses du front et surtout pour relever les sourcils. Si le résultat me convient je le ferais de manière définitive avec implant mammaire. Je n’envisage pas les hormones tant que nous n’avons pas fondé de famille avec ma compagne Paloma. J’ai également commencé à féminiser ma voix avec une orthophoniste. Je n’envisage cependant pas de réassignation sexuelle sur le plan physique mais administratif à moyen terme. En terme purement féminin, j’ai hate de pouvoir aller me faire ma premiere coupe de cheveux, manucure, pouvoir profiter pleinement des toilettes féminines, sortir en ville pour manger ou boire un verre, faire les magasins. Bref vivre…

Pourquoi avoir fait appel à moi ?

Nous avions beaucoup échangé avec Paloma sur le début de ma transition et avons établi des étapes. Nous avons réalisé avec joie et complicité nos premiers achats. Pour ce qui était de la partie majeure de la féminisation du visage, il fallait que l’on fasse appel à un professionnel. Une simple recherche sur internet et nous sommes tombés sur Jennifer qui nous a bien accueilli et conseillé. Aujourd’hui le maquillage est plus discret car avec le temps on trouve ses marques. Mais la base et la technique sont les méthodes que Jennifer m’ (nous) a appris.

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