L’histoire touchante de Fiona.

J’ai eu le plaisir de faire la connaissance d’une très belle personne, avec des conversations aussi intéressantes les unes que les autres. J’ai été très touchée par son histoire, je vous laisse la découvrir.

– Peux-tu te présenter ? âge, sexe, situation familiale, profession, ville.

Je m’appelle Fiona, j’ai 55 ans, je suis veuf et j’ai une belle-fille. Je travaille au milieu des ordinateurs et vis en région parisienne.
J’ai rencontré ma femme, j’avais 29 ans, elle 11 de plus, très maîtresse femme avec une fille déjà toute faite. J’ai eu aussitôt eu le coup de cœur pour les deux, j’ai élevé ma fille comme une maman-poule pendant que ma femme poursuivait sa carrière. Elle avait conscience de mon côté féminin et s’en amusait, tout le temps que cela ne sortait pas de la chambre à coucher.
Cette année, la Covid est passée par là emportant ma femme. Mon monde s’est effondré, on s’est retrouvé toutes seules avec ma fille de 35 ans. 
Pendant que l’homme que j’étais s’est effondré, Fiona est apparue, sortie d’un placard. C’est elle qui a commencé à prendre ma vie en charge. J’ai mis du vernis sur mes ongles, j’ai pris des vêtements trouvés dans les placards, j’ai changé de coiffure et je suis devenue (ou redevenue d’après ma fille) Fiona.
Après beaucoup de dialogues, ma fille a commencé à me donner des conseils pour me faire les ongles, m’habiller et me coiffer.
Aujourd’hui, avec cette tragédie, j’ai tout mis de côté pour me reconstruire et vivre en tant que Fiona.

– Depuis combien de temps as-tu envie de te sentir plus femme ?

La puberté n’a pas été un long fleuve tranquille, loin de là, j’ai senti que mon corps ne m’appartenait plus. M’éloignant des garçons, je me suis rapprochée des filles. La mode était aux cheveux longs, ça facilitait mon intégration et je me sentais plus en accord avec ce que je ressentais.
À mon adolescence, c’est avec ma meilleure amie, que j’ai découvert l’univers des femmes. On s’est beaucoup confiées l’une à l’autre au fil du temps et je lui ai dit comment j’étais fascinée par le monde des filles. Elle m’a emmenée dans les magasins de vêtements, fait découvrir les boutiques de lingerie. C’est aussi avec elle que j’ai découvert le maquillage et l’importance du parfum. Notre proximité était telle qu’elle avait ressenti ma sensibilité et mon côté féminin bien avant moi, elle me traitait différemment des autres. Puis les études et la vie nous ont éloigné l’une de l’autre jusqu’à perdre totalement contact. 
Je suis partie de chez mes parents en suivant une fille qui avait le même projet. On s’est retrouvée à deux sans vraiment d’attirance, mais plus à vivre en cohabitation. Ça lui convenait bien et moi aussi. Mon métier m’obligeant à partir pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines d’affilées, on se voyait le plus souvent pour passer les vacances ensemble. Elle n’était pas du tout féminine, moi beaucoup plus, je lui achetais beaucoup de vêtements et de sous-vêtements, comme des guêpières ou des porte-jarretelles que je portais quand j’étais seule. J’avais des périodes où j’avais besoin de me travestir, de me retrouver, de me sentir femme, c’était comme une pulsion, un besoin. En dehors de ces périodes, je me sentais à l’abri avec mon secret comme si je portais une armure, une carapace. 

– Est-ce une envie ponctuelle, permanente ?

C’est devenu une envie permanente. Elle fait partie de ma vie et me permet de continuer d’exister.
Mes proches, ceux qui partagent ma vie au quotidien, ont accepté Fiona et de vivre avec. Ça veut dire aussi sortir et avoir une vie sociale avec Fiona. C’est ce qui comptait le plus pour moi.

– Pourquoi cette envie, qu’est ce que cela te procure ?

Être Fiona me permet d’être zen. Je me sens bien, apaisée, car je suis enfin à l’extérieur ce que je vis à l’intérieur, je suis en accord avec moi-même. J’ai envie de passer ma vie entière ainsi, libre, sans contrainte, pleine de pensées nouvelles procurées par cette vie qui démarre. Cela me donne du temps pour moi, pour les autres et pour les lieux où je passe.

– Quand as-tu décidé de passer à l’acte, soit de te travestir pour la première fois ? Pour quelle occasion ? Qu’as-tu ressenti ?

J’ai toujours aimé me déguiser, être quelqu’un d’autre. Dans mon enfance, on m’offrait des panoplies de cow-boy, zorro et les enfants se déguisaient pour des repas en famille. Un mercredi après-midi, âgé d’une dizaine d’années, j’ai mis une robe de ma mère, ses chaussures et une perruque. Armée d’un parapluie transparent, je défilais dans le jardin comme une nymphette avec mon petit chien dans les bras. J’y ai découvert un nouveau plaisir, la vision de mon corps habillé de vêtements féminins qui m’allait plutôt bien, le contact du tissu sur ma peau. Je me suis sentie belle et je me suis dit que la vie de fille, c’était vraiment bien. Plus tard, j’ai découvert les sous-vêtements féminins, j’y ai pris goût puis sont venues les chaussures à talons, je me suis entraînée à les porter. C’est devenu une envie.

– As-tu des craintes vis-à-vis de la société, ta famille etc… des appréhensions, une gêne quelconque ?

L’être humain peut accepter beaucoup de choses tout le temps qu’il n’est pas concerné et il peut être dérangeant d’amener ce sujet de la féminisation ou du travestissement à des personnes qui n’ont pas l’ouverture d’esprit même s’il s’agit de personnes de sa famille ou des proches voire de son médecin de famille.
J’ai une tenue de camouflage « unisexe » qui me permet de partager des moments avec eux sans avoir à couper les ponts. C’est une vision qui n’engage que moi, mais je préfère me camoufler plutôt que de blesser. 
J’ai le sentiment que les quadras sont plus bienveillantes vis-à-vis du côté féminin des hommes. Je suis toujours bien accueillie dans les temples de la féminité que sont les boutiques de lingerie, Sephora, etc. et j’en ressors souvent avec d’excellents conseils.
Moi qui ai 55 ans, je me rends compte que les barrières sont plus souvent dans ma tête que dans le regard des gens. Mais je ne suis pas niaise non plus quand j’entends autour de moi : »un homme habillé en femme », eh alors, je souris, j’assume et je continue mes courses. Je sais au fond de moi que Fiona est l’unique possibilité que j’ai de continuer à vivre et à avancer.  
Chacun a son parcours de vie, semé d’épreuves, d’obstacles et de belles rencontres. Rien n’est facile, rien n’est donné, chaque pas se gagne.

– Quelles sont les prochaines étapes dans ta féminisation (s’il y en a à venir), ou des envies que tu n’as pas encore testé mais qui te plairaient ?

La terrible épreuve que j’ai vécue m’a obligé à m’interroger sur ce que je voulais dans ma vie et ce qui me rendait heureuse et épanouie.
Après avoir fait le choix d’être Fiona de façon permanente, j’ai commencé par me créer une identité (adresse mail, adresse postale) et j’ai mis toutes mes cartes au nom de Fiona (sauf CB !). 
J’ai réduit les vêtements masculins à une seule tenue au cas où et j’ai totalement étoffé ma garde-robe féminine, le plus compliqué a été les chaussures taille 45, mais j’ai trouvé.
Une paire de faux seins dans un soutien-gorge me permet d’emmener ma féminité avec moi en complément d’un superbe maquillage, d’une jupe ou d’une robe pour aller faire les courses ou simplement sortir. Je me sens plus sereine et profite plus des moments que la vie m’offre.
Je me pose des questions pour savoir jusqu’où je serais prête à aller pour me sentir encore plus femme, la question reste ouverte et j’essaie d’être dans le moment présent, carpe diem.
La Fiona qui est apparue est une jeune adulte qui veut profiter de la vie, je me suis beaucoup rapproché des gens qui comptent réellement pour moi, mais je n’ai pas encore envisagé la vie avec une autre personne…

– Pourquoi avoir fait appel à moi, et qu’est-ce que je t’ai apporté dans cette étape de ta vie, si je t’ai apporté qqch ?

C’est ma fille qui a repéré ton site et qui m’a encouragée à prendre contact avec toi. Au début, j’ai hésité en me disant que je n’avais pas les bases du maquillage. J’ai commencé à regarder les tutos sur Internet pour avoir les termes et les « outils ». Après quelques mésaventures, j’ai enfin réussi à avoir un minimum de connaissances pour pouvoir bénéficier de ta compétence au maximum.
Jennifer, c’est avec un peu d’appréhension que j’ai poussé ta porte ce matin-là. J’ai découvert une personne solaire avec un regard rempli de bienveillance.
Tout chez-toi respire la zénitude, avec beaucoup de douceur, tu choisis les mots pour mettre en confiance.
Une fois apprivoisée, je me suis laissée guidée par tes conseils, d’abord sur le maquillage et ce qu’il était important de mettre en valeur chez moi.
Ensuite, sur tout un ensemble de gestes pour me rendre plus féminine et faciliter mon passing.
J’ai adoré partager ce moment avec la belle personne que tu es, Jennifer.
Merci pour ta gentillesse et ton écoute.
À très bientôt pour une prochaine séance entre filles.

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